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« Son Ca 7 : Khanh Ly va nhung tinh khuc cua Trịnh Cong Son », par Khanh Ly : l’album qui m’a fait aimer… le spleen de Saïgon

Bruno Lesprit, Le monde, 10/08/2020


« Son Ca 7 : Khanh Ly va nhung tinh khuc cua Trinh Công Son » (1974), par Khánh Ly.

Cet été, nos chroniqueurs reviennent sur un moment musical qui les a marqués. Aujourd’hui, un trésor vietnamien enregistré en 1974.

Grâce soit rendue au réalisateur américain de documentaires Ken Burns, indirectement à l’origine d’un choc émotionnel chez le jeune quinquagénaire que je suis devenu. De ceux que l’on ressent plutôtn ressent plutôt à l’enfance et à l’adolescence. L’album que j’ai écouté en boucle pendant le confinement, manie qui perdure cet été, n’est pas le nouveau Lady Gaga ou le dernier Benjamin Biolay, mais un enregistrement diffusé sous forme de cassette audio à Saïgon en mars 1974. Soit un an avant la prise de la future Hô Chi Minh-Ville par les forces communistes.

Les dix-sept heures que dure The Vietnam War (2017), le monument de Ken Burns, puisent dans une centaine de chansons de l’époque, outrageusement dominées par le rock anglo-saxon. Un épisode fait toutefois entendre une voix isolée et déchirante, s’exprimant en vietnamien sur un accompagnement soyeux de piano et de cordes, celle de Khánh Ly, « la princesse aux pieds nus ». La chanson, Uot Mi (« Cils mouillés »), a été écrite par Trinh Công Son (1939-2001), dont je savais l’existence en raison de son anglo-centriste et absurde surnom de « Bob Dylan vietnamien » il existe un Dylan local dans chaque pays de la planète, à l’exception peut-être du Liechtenstein. Le seul mérite de cette comparaison est de donner une idée de la production (plus de 500 chansons) et du génie de Trinh Công Son.

Le service de streaming en ligne indiqua hélas : « Ce titre n’est pas disponible dans votre pays. » Il fallut donc passer par des canaux officieux pour dénicher un trésor, pas perdu pour tout le monde à en juger par l’abondance de commentaires en vietnamien. Son Ca 7 : Khanh Ly va nhung tinh khuc cua Trinh Công Son est, comme l’indique son titre, un recueil de chansons sentimentales de Trinh Công Son par Khanh Ly, que publia le label Son Ca. Une catégorie que la révolution culturelle chinoise, imitée par les marxistes-léninistes vietnamiens, bannit sous l’appellation de « musique jaune », bourgeoise et décadente, corrompue par l’Occident et corruptrice. Trinh Công Son est connu aussi pour ses hymnes pacifistes qui le placeront dans une position plus intenable encore.

Icône des exilés

Doucement minées par le spleen et un rapport au monde qui doit autant au bouddhisme qu’à l’existentialisme de Camus, ces 18 chansons sont d’une beauté ultra- sensible, que dramatise le destin du couple royal et bohème – quand bien même ils étaient amis, non amants – de la chanson vietnamienne, sur le point d’être séparé.

Khanh Ly deviendra une icône des exilés pour ne revenir à Hanoï, la ville de son enfance, qu’en 2014. Trinh Cong Son retournera à Hue, dont il est originaire, sera « rééduqué » pendant trois années et sombrera peu à peu dans l’alcool.

Un admirateur, l’ancien conteur Jean­Claude Renoux, offre sur Internet (Toidibo.center-blog.net) des traductions de ces chansons. Conformes – miracle de la musique – à ce qu’elles font ressentir sans en comprendre un mot. Ainsi de Cat Bu i (« Sable et poussière ») :

«Combien d’années font une existence humaine ?
Soudain, un soir, les cheveux sont blancs comme chaux
Les feuilles fanées là­haut chutent d’abondance
Afin que toute une vie en un jour périsse. »

Bruno Lesprit
Le monde, 10/08/2020

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