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Diễm du temps jadis

Trinh Cong Son

En ce temps là, était une jeune fille très fragile qui, pour aller à la faculté des lettres de Huế, passait devant des haies de camphriers aux minuscules feuilles d’un vert lustré.

A cette époque, pendant des jours et des mois, la jeune fille continuait à passer sous la voûte de feuillages des camphriers. Plusieurs saisons, des saisons sèches comme des saisons de pluies, passèrent ainsi. Aux saisons sèches les cigales bruyantes entonnaient leurs chants d’été dans les feuillages. A la saison des pluies de Huế, la jeune fille marchait, silhouette embuée, entre deux sombres rangées de camphriers.

Sa maison étant située sur l’autre rive de la rivière, elle devait chaque jour traverser un pont puis aller à la rencontre des camphriers avant d’arriver à son école.

Du balcon de chez moi je regardais vers le bas et voyait cette silhouette faire chaque jour les quatre trajets, allers et retours. A cette époque les jeunes filles de Huế n’utilisaient pas encore des moyens de locomotions motorisés et rapides à vous faire tourner la tête comme aujourd’hui. Exceptées celles qui habitaient trop loin et qui devaient ainsi prendre la bicyclette, la grande majorité des autres allait à l’école en marchant tranquillement d’un pas majestueux. Elles marchaient pour être vues et admirées, pour sentir en leur for intérieur qu’elles sont des beautés. Etre belle aux yeux de beaucoup de monde ou pour une seule personne n’a pas grande importance. Ces pas, venant de toutes les directions, convergeaient vers des écoles aux noms familiers, noms qui étaient parfois trop vieillots.

Elles marchaient pour que tout autour d’elles les regards puissent les admirer mais aussi, en même temps, pour pouvoir contempler le ciel et la terre, les paysages de la rivière et la végétation naturelle. Camphriers, badamiers, flamboyants, sumacs, pruniers blancs et la Rivière des Parfums coulant tout autour de la ville avaient insufflé à leurs âmes de jeunes filles une couche de brume faite de romantisme et de pureté. Grâce à cela Huế n’avait jamais vu tarir son inspiration poétique. La vieille Citadelle, les palais, les tombeaux impériaux inspiraient facilement aux gens la nostalgie du temps passé ce qui, dans une certaine mesure, les sauvaient en leur permettant de s’évader du cercle des misères du monde. Depuis lors la ville de Huế s’était crée un atmosphère à part, un monde à part. Depuis lors aussi les gens s’étaient mis à rêver et à espérer à des univers qui ne semblent pas exister réellement.

Mais que sont à vrai dire la réalité et le rêve ? Véritablement, pour aller au fond des choses, on pourrait dire que l’un n’est que le mirage de l’autre. Et avec ces mirages il fut une époque, assez longue d’ailleurs, où ceux qui avaient grandi dans cette petite ville brodaient et enjolivaient les rêves qu’ils avaient eus. C’était aussi l’époque où chaque matin très tôt, chaque soir et chaque nuit, le son des cloches de la pagode Linh Mu (La Dame Céleste) résonnait loin dans l’espace, passait sur la rivière pour parvenir à chaque maison aux portes simplement tirées ou hermétiquement closes.

Ici le temps s’écoulait d’une manière trop paisible. Tellement paisible que les gens n’avaient plus la notion du temps. Une sorte de temps informe et incolore. Seuls les décès de vieilles personnes, pendant les hivers glaciaux, arrivaient à réveiller les gens et soudain on reconnaissait les chuchotements des temples et des mausolées royaux, des stèles funéraires dans les montagnes et les collines avoisinantes.

Dans cet espace silencieux et rêveur, en plus plongée dans une vague atmosphère de roman, la jeune fille passait régulièrement chaque jour sous les deux rangées de camphriers pour aller à son école. Elle se rendait à son école mais semblait parfois se rendre nulle part. Elle savait où se diriger mais à la fois ne savait pas parce que ses pas, en ce temps, semblaient flotter au loin sur les nuages de félicité du domaine des rêves.

La jeune fille avait traversé un pont par-dessus la rivière, traversé des haies de camphriers, traversé des saisons de pluie au soleil implacable pour enfin arriver à son lieu de rendez-vous. Elle avait donné rendez-vous mais n’avait fait aucune promesse sur quoi que ce soit. Parce que dans cet espace de roman, promettre est simplement un chose absurde. Tous les rêves de roman n’auraient aucune réalité et disparaîtraient.

La jeune fille qui traversait les haies de camphriers est maintenant partie habiter au loin et mène une autre existence. Tout n’est plus que souvenirs. Tout souvenir mérite que l’on se le rappelle mais on doit quand même oublier.

Cette jeune fille, c’était Diễm du temps jadis.

Trinh Cong Son

Article paru dans la revue Le monde de la Musique, Mars 1997,
Réédité dans Trinh Cong Son – Un chantre, Une vie de pérégrinations

traduit par Léon Remacle
08/08/2006

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