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Trinh Công Son, le balladin du Vietnam

Jean Claude Pomonti - Le Monde, le 3 Avril 2001.


Chantre de la paix, baladin à travers les guerres, peintre et même chroniqueur à ses heures, le compositeur Trinh Công Son est mort du diabète, dimanche 1er avril, à Hô Chi Minh-Ville, à l'âge de soixante-deux ans. D'inspiration profondément vietnamienne, ses chansons sur la misère de la guerre - "Je ne fais pas de différence entre les guerres justes et les autres"—, ont été fredonnées, pendant la guerre américaine, par les soldats des deux bords. Et puisqu'elles étaient interdites au Sud comme au Nord - le pacifisme n'est pas bon pour le moral des troupes —, des enregistrements, recopiés à des dizaines de milliers d'exemplaires, en ont circulé sous le manteau avant 1975. Il faudra attendre une dizaine d'années après la victoire communiste pour que la musique de Son soit à nouveau tolérée.

Au début des années 70, les premiers albums de l'anti-guerre - La Peau Jaune (La mère nourricière, la patrie) et Prières vietnamiennes —, font le tour du Vietnam, pays de romantiques qui taquinent volontiers la guitare. Tring Công Son devient le baladin du Vietnam, un poète meurtri qui pleure "les tas de chair et d'os de ma mère et de mes frères", "un pays dénudé", ou qui dit avoir "tout oublié du langage humain". Dans le vacarme assourdissant de la guerre, s'adressant à des compatriotes déboussolés, il entend "réveiller les sensibilités de l'âme vietnamienne, éveiller la conscience de la jeunesse". L'écrivain Bao Ninh, qui a combattu dans l'armée du Nord, dira plus tard que Son a été, à cette époque-là, "le porte-parole du vœu populaire".

Ce bachelier en français, qu'il parlait couramment, se trouve à Hué, sa ville natale, en 1975. Il a trente-six ans et les communistes l'envoient, pendant "trois ou quatre mois par an", planter "du riz, des patates, du manioc" dans l'ancienne zone démilitarisée, l'un des secteurs alors les plus minés de la planète. "On se demandait tout le temps quand on allait sauter", racontait-il plus tard. Ce n'est qu'en 1979 qu'il reçoit l'autorisation de quitter Hué pour regagner son domicile à Hô Chi Minh-Ville, où il s'était installé une dizaine d'années auparavant.

Fin observateur de son pays

Mais Son n'a pas été seulement l'auteur de quelque huit cents chansons, le plus souvent mélancoliques et parfois pleines d'humour. Il a également été un peintre doué, dont les tons étaient à l'image, disait-il, de "la douceur vietnamienne". Il s'était fait chroniqueur des "divagations", s'excusait-il. "Toute chanson, toute chronique, tout tableau contient un message", ajoutait-il. Dans son petit atelier enfumé au fond d'une impasse tranquille d'un quartier résidentiel de l'ancien Saïgon, les échanges allaient bon train avec feu Van Cao, l'auteur de l'hymne national vietnamien, des peintres comme Nguyên Trung et Nguyên Cam, son interprète la plus connue Khanh Ly et des amis venus d'un peu partout. Car Son était aussi un très fin observateur de son pays, de ces Vietnamiens qui "oublient les mauvais moments et ne gardent que les bons souvenirs". "D'une certaine façon, poursuivait-il, le Vietnamien n'est pas juge. Son cœur l'entraîne vers les victimes. Il ne se place jamais du côté du plus fort." Ou encore : "Le Vietnamien a besoin d'être chez lui pour se rassurer. Il ne supporte pas le dépaysement. Il a l'esprit de la grande famille, de la tribu, de la communauté. Mais, une fois qu'il est sûr d'être chez lui, dans son environnement, suivant ses propres règles du jeu, il est capable de tout adopter. Nous changeons sans perdre notre couleur vietnamienne." Ces dernières années, malgré la dégradation constante de son état de santé, il se sentait encore capable d'autres projets. Il écrivait des chansons "qui ne se disent pas", peignait ou tenait table ouverte dans le restaurant de sa sœur, à deux pas de chez lui. "Nous sommes seulement un petit peu vieux", croyait-il encore peu avant sa mort.


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