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Naissance de la chanson "Sable et poussières"

Trinh Cong Son, traduit par Léon Remacle

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Un après-midi dont j’avais oublié la date exacte, j’étais allé seul à la salle de cinéma Casino pour regarder « La légende de Zatoichi, l'épéiste aveugle », 6ème épisode. C’était un film d’une série comportant de nombreux épisodes tels que dès que vous aviez fini d’en regarder un, vous ne pouviez vous empêcher de guetter la sortie du suivant. Pour résumer on pouvait dire que ces épisodes étaient tous aussi captivants les uns que les autres. Dans celui-ci, il y avait une scène où l’épéiste aveugle sortait son arme pour venir au secours d’une belle « Kiều ». À chaque superbe botte qu’il portait, on entendait une voix commenter et louanger. L’épée semblait ainsi gagner en vigueur et devenait plus gracieuse et plus magnifique au fil du combat. Après avoir sauvé la belle, l’épéiste aveugle s’était tourné vers la voix et s’était incliné pour saluer. Au pied d’un arbre au bord de la route, un autre aveugle était assis, jambes croisées dans la position du lotus, un luth enveloppé dans un étui de tissu posé horizontalement sur ses cuisses. Le musicien aveugle ayant exprimé son désir de jouer un morceau pour l'épéiste aveugle, tous deux entrèrent dans un bois non loin de là. Ce devait être l’automne car tous les arbres étaient dépouillés et seul un tapis de feuilles jaunes et rouges s’étalait au sol. Ils s’assirent face à face, chacun le dos appuyé contre le tronc d’un arbre. Les notes du luth s’élevèrent comme une plainte exprimant une sourde souffrance pour la terre et le ciel, pour la condition humaine. Au beau milieu du morceau, brutalement les cordes se cassèrent. Le musicien aveugle dit : « Il y a une personne malveillante qui nous écoute en cachette ». En effet, un fourbe était en train d’espionner l’épéiste aveugle. C’est ainsi que, en silence, les deux hommes se séparèrent.

A la fin du film, je partis faire une promenade à pied dans les rues. Pour une raison inexplicable cette courte scène du film m'avait rendu morose. Au soir j’étais rentré et après le dîner, assis, je m’étais mis à relire « Zorba le Grec ». Arrivé au passage où Zorba gémissait : "Ô perdrix, arrête de chanter, ton chant me broie le cœur", j'avais brusquement refermé le livre et avais cessé la lecture. Quelque chose s’était produit par pure coïncidence dans la même soirée. Une tristesse ou encore un sentiment se rapprochant de celui éprouvé lors d’un départ ou d’une séparation remuait et se réveillait en moi. Je ressortis à la recherche d’un café familier où m’asseoir. J’étais en chemin pour rentrer quand tout à coup dans ma tête avait surgi une mélodie. Je la répétais mentalement à de nombreuses reprises, la chantonnais à voix basse. Quand, arrivé à la maison, je la mis sur papier, la chanson avait pratiquement sa forme finale. Le matin suivant je l'avais fait écouter à un certain nombre de mes amis et tous l'avaient appréciée.

C'est là l'histoire de la naissance de la chanson "Sable et poussières".

Chaque chanson tire son origine d'une cause quelconque. Parfois cette origine a une histoire absurde.

À présent, l’épéiste aveugle est mort. Il y a environ deux ans, l’auteur de Zorba a quitté ce monde, et naturellement la perdrix du livre est également morte. Et si Zorba avait été une personne réelle qui avait inspiré le personnage du roman de Nikos Kazantzakis, il serait mort lui aussi à ce jour.

« Quel est ce bruit qui rythme sans arrêt…» Le temps avait tout broyé et tout réduit en sable et poussières...

Trinh Cong Son

Revue Le monde de la musique n°1 - 1998

traduit par Léon Remacle, 08/08/2006

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