Le chant de l'homme jaune



Chers amis,

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Soirée TCS "Trên Đồi Quê Hương", Paris

La première partie du programme de ce soir sera consacrée aux “Chants de l'homme jaune” de Trinh Công Son.

Les “Chants de l'homme jaune”, au nombre d'une bonne soixantaine, ont été créés durant la période 1966-1972. Ces années–là, le pays était plongé dans la tourmente et la haine. Les pas de Trinh Cong Son l'emmenaient dans des paysages de désolation, dévastés par les bombes et les armes. Sa musique recueillait et embrassait toutes les souffrances d'un peuple qui ne connaissait pas un seul jour de paix. Sa voix chantait les immenses pertes subies par les victimes anonymes, les individus broyés par la tragédie de l'Histoire.

Les “Chants de l'homme jaune” n'étaient pas connus de tous. A l'époque, ces chansons n'étaient pas diffusées sur les ondes ni interprétées dans les salles de concerts des villes. On ne pouvait les écouter que les soirs où une chanteuse aux pieds nus et le compositeur qui l'accompagnait de sa guitare se produisaient dans les universités, sur une modeste scène en bois. Devant un public de plus en plus nombreux, elles rapportaient en ville, depuis les régions mises à feu et à sang, toutes les réalités de la guerre : les morts, les villages incendiés, les cris et les pleurs, les destins tragiques.

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Thanh Hai

Au grand dam des deux camps ennemis, dans le Sud toute une jeunesse urbaine se retrouvait dans les “Chants de l'homme jaune”, comme si elle voulait ouvrir les yeux pour comprendre pleinement le drame vécu par le pays. Et les paroles des chansons de Trinh Công Son exprimaient la compassion qu'elle avait pour la population, et la révolte qu'elle éprouvait face à une guerre sans fin.

Ces événements appartiennent au passé. Ils s'effacent progressivement de la mémoire de ceux qui les ont vécus. Ils ne sont plus dans l'existence des générations suivantes. Et sans doute est-il difficile de se représenter cette époque maintenant, dans un pays qui déborde de vitalité.

Alors pourquoi, ce soir, et ici, si loin de cette guerre dans l'espace et dans le temps, avons-nous décidé de présenter les “Chants de l'homme jaune” ? Pourquoi avons-nous choisi la période la plus engagée de l'œuvre de Trinh Công Son, avec des créations qui ne font pas l'unanimité, contrairement à ses chansons d'amour ?

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Thuy Tiên

La principale raison tient au fait qu'il est temps pour les “Chants de l'homme jaune” d'occuper la place qu'ils méritent dans l'histoire de la musique vietnamienne. Ces chansons ne sont toujours pas diffusées volontiers et dans leur intégralité. Aujourd'hui encore, nombreux sont ceux qui n'acceptent pas ce qui est à ce jour le seul courant musical pacifiste qu'ait connu le Viêt-Nam. Parce qu'il refuse de prendre position politiquement et se range uniquement du côté des victimes. Parce qu'il ne tient pas un discours politique, pour être la voix du témoignage et exprimer l'amour pour le peuple. Nous pensons que c'est pour cette raison même que l'importance des “Chants de l'homme jaune” dans l'œuvre de Trinh Công Son doit être reconnue.

Par ailleurs, assez de temps s'est écoulé pour que les rancœurs s'apaisent, les plaies se cicatrisent, les jugements soient plus équilibrés. L'éloignement est suffisant pour que nous puissions intégrer dans notre mémoire collective un épisode douloureux de notre Histoire. Et ce afin que les souffrances et les malheurs du passé deviennent expérience pour l'ensemble des Vietnamiens. Où qu'ils se trouvent, de quelque génération à laquelle ils appartiennent.

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Soirée TCS Hay Den Cung Nhau, Toulouse

Aussi lointaine que soit l'époque des “Chants de l'Homme jaune”, nous n'avons pas le droit d'oublier les vies humaines sacrifiées, les existences brisées, les lourdes erreurs trop cher payées. Ne pas oublier, tel est le devoir de ceux qui continuent de vivre et se tournent vers l'avenir. Ne pas oublier, telle est la responsabilité des jeunes envers la génération précédente, moins chanceuse qu'eux. Et c'est à ce moment-là seulement que justice sera faite.

Pourquoi rappeler la guerre qui a profondément divisé les Vietnamiens ? Pour qu'ensemble, nous constatons l'infini pouvoir de destruction de la guerre, le cercle vicieux de la haine et les conséquences désastreuses qui ont empêché le pays de se relever, qui ont paralysé l'esprit et anesthésié le cœur de tant de personnes. Pour que tous, nous gardons en mémoire la guerre fratricide afin de nous rappeler les uns aux autres d’une chose : après cette guerre fratricide, entre nous les Vietnamiens, personne n'a le droit de se proclamer vainqueur, et personne n'est forcé de reconnaître sa défaite.

Chers amis,

Nous espérons que ce soir, après avoir écouté les “Chants de l'homme jaune”, nous nous rassemblerons dans le sourire, et nous nous sentirons plus proches les uns des autres, dans une communion de sentiments. Sans doute est-ce également ce qu'espérait Trinh Công Son.

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